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YOLO? Plutôt COLO(calisation), n’est-ce pas?!

Oh là là. Je suis en réunion, à répondre aux questions du dirigeant principal de l’information (DPI) de la GRC. Le D-P-I. Au cours de ma carrière de presque 20 ans dans la fonction publique, cette situation ne s’est jamais produite. Cependant me voici, moi, un développeur de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), en colocalisation au Service numérique canadien (SNC) pour travailler sur un outil de signalement public destiné aux victimes de cybercrimes, plaidant pour des changements directement au DPI. Il y a 14 mois, cette situation aurait été tout à fait inconcevable.

Comment suis-je arrivé ici? Mon histoire, c’est celle de la tentative d’avoir un parcours personnel et professionnel passant de la quasi-apathie à la mobilisation curieuse.

Même si je n’ai pas envie que l’on me colle l’étiquette « santé mentale », ou d’être considéré sous ce point de vue particulier, la vérité, c’est que ça irait contre ma nature de raconter cette histoire autrement.

Nadir : le point le plus bas dans la fortune d’une personne

Il y a deux ans, après avoir souffert d’une dépression intense, je me suis retrouvé assis dans une aile psychiatrique, à me poser beaucoup de questions.

J’avais 42 ans. En milieu de vie, j’étais effondré. Il fallait que j’opère des changements positifs : si non pour moi, alors certainement pour ma fille de huit ans. J’ai commencé une thérapie de groupe, j’ai changé de travail et je me suis sorti d’une relation malsaine.

Pendant la plus grande partie de ma carrière, j’ai été développeur. Par contre, ça n’a jamais suffi; il manquait quelque chose. Il m’a fallu un certain temps pour réaliser ce qui me manquait : les gens et le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que moi.

Alors, je me suis joint à la GRC. Je ne pouvais pas changer l’isolement que vit un développeur au sein du gouvernement fédéral, mais je pouvais modifier certains aspects de mon travail. J’ai commencé à participer davantage. Je me suis joint au comité de la santé et de la sécurité au travail. Je suis devenu conseiller au soutien par les pairs. J’ai fait du réseautage et du bénévolat. J’ai demandé à être inclus. Je suis sorti de ma zone de confort et j’ai réalisé que c’est là que la croissance se produit.

En conséquence, j’ai rapidement été réaffecté à l’Unité nationale de coordination de la lutte contre la cybercriminalité nouvellement formée. J’ai suivi le courant.

« Nous sommes prêts à te sauver »

Il s’avère que la GRC, avide de changement, s’est associée à ces personnalités pleines d’énergie. Mon patron m’a dit que j’allais au « pays des notes autocollantes et des MacBook. » Notre nouveau partenaire, le SNC, lançait des phrases comme « les utilisateurs d’abord », « la recherche en conception », « la gestion de produits » et « la conception de services. » Était-ce bien le gouvernement? J’étais intrigué.

Je souhaiterais dire qu’à partir de ce moment, ç’a été un jeu d’enfant, mais non, ç’a été un travail difficile. Je suis passé de développeur à chef d’équipe et c’était comme commencer un tout nouveau travail, deux fois plutôt qu’une. Cette fois, par contre, je ne faisais pas partie de l’organisation et j’étais confronté à une courbe d’apprentissage abrupte.

Heureusement, mes coéquipiers et la collectivité du SNC ont rendu cette courbe d’apprentissage plus évolutive (voyez ce que je viens de faire?). Je me suis senti le bienvenu. On a répondu à mes questions avec patience. J’ai commencé à comprendre ce qu’était le renforcement des capacités et, en peu de temps, je me suis mis à y travailler avec mes collègues de la GRC, au cours de mes visites hebdomadaires « à la maison. » C’est pendant que j’animais de telles séances d’apprentissage et de renforcement des capacités que j’ai réalisé que j’étais attiré par la gestion de produits.

J’ai commencé à dire « produit » au lieu de « projet. » Je me suis mis à parler de récits utilisateurs plutôt que d’exigences commerciales. J’ai commencé à me préoccuper des résultats pour les usagers plutôt que des jalons ou des livrables du projet. J’ai appris la valeur de la collaboration et, plus important encore, comment la solliciter activement pendant les prises de décision. Au cours des revues de sprint, j’ai participé avec enthousiasme à des présentations aux intervenants de la GRC. J’ai commencé à travailler de façon ouverte et à utiliser les médias sociaux pour parler du travail. Sans que ce soit mon intention, le fait d’être en colocalisation avec le SNC m’a transformé en gestionnaire de produits.

Si c’était une téléréalité, c’est à ce moment que je dirais « Je ne suis pas ici pour me faire des amis »

Même avec ces changements positifs, les défis ont persisté. Mes valeurs s’harmonisaient de plus en plus à celles du SNC. Les choses que je défendais ne correspondaient pas à la culture actuelle de la GRC. Cette situation m’a souvent amené à être en désaccord avec mon ministère.

De plus, même si je passais presque tout mon temps au SNC, il y avait des rappels subtils que j’étais un étranger, comme le fait de ne pas avoir accès à toutes leurs chaînes Slack, de ne pas être au courant de certaines réunions, ou de ne rien savoir sur l’existence de certains événements sociaux.

Même s’il s’agit de tendances institutionnelles naturelles, c’est malaisant de passer tout son temps à travailler avec un groupe de personnes et à nouer des amitiés, et pourtant se sentir mis de côté, tout en ayant le sentiment, simultanément, d’être coupé de la « maison. » C’est la partie de la colocalisation que j’ai eu le plus de difficultés à gérer.

Je me sentais coincé entre les deux. Ce soir, dois-je rester chez le parent A ou chez le parent B? Vais-je devoir dire à l’un d’eux que je l’aime plus que l’autre?

Ce décalage a été un rappel utile de ralentir la cadence. J’ai rappelé à mon équipe du SNC et à moi-même qu’il fallait mettre la pédale douce. Il s’agit d’un changement important pour les ministères : tendons-leur la main, ne les dépassons pas.

Je connais personnellement l’auteur du prochain chapitre

La thérapie de groupe m’a donné un cadeau merveilleux : une plus grande empathie. J’ai essayé de l’appliquer au partenariat entre le SNC et la GRC et, par conséquent, j’ai acquis une meilleure compréhension des défis auxquels non seulement la GRC est confrontée, mais aussi la plupart des ministères en général.

C’est la programmation qui m’a amené à la gestion de produits. On m’a dit qu’il s’agit d’une combinaison unique et souhaitable dans la collectivité des technologies civiques. Par conséquent, je suis heureux d’annoncer que je prendrai un congé de la GRC pour me joindre au programme de fellowship de Code for Canada en tant que gestionnaire de produits. Je regrette de ne pas être présent pour le prochain chapitre de ce partenariat, mais je peux vous dire que, sans le SNC, et par extension la GRC, je n’aurais pas pu profiter de cette occasion.

La culture des deux organismes a eu une incidence permanente sur moi. Mais surtout, les personnes que j’ai rencontrées m’ont touché d’une manière qu’il m’est impossible d’expliquer. Je suis empreint d’humilité, rempli de gratitude et prêt à repousser davantage les limites de mon confort personnel.

Merci.